Reprise de la ville de Gao : Une victoire décisive pour la libération totale du pays
Source : L'indicateur du Renouveau : Dernière Mise à jour : 28/01/2013
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Dans la première phase de l’opération militaire engagée au nord du Mali, c’est la première grande victoire. Gao a été prise samedi par les forces françaises, maliennes et tchadiennes.

Gao tombée, c’est en réalité une double première : première grande ville du nord du Mali reprise dans le cadre de l’opération en cours contre les rebelles islamistes, tout particulièrement ceux du Mouvement pour l’unicité et le djihad en Afrique de l’Ouest (Mujao), dont Gao était la « capitale ». Mais aussi première entrée dans le conflit de troupes africaines. Celles du Tchad, d’abord, qui avaient été déployées au Niger voisin  pour cette mission précise, et ne sont du reste pas intégrées dans la Misma (Mission de soutien au Mali), composée de forces de la Cédéao (Communauté économique des états d’Afrique de l’Ouest), à laquelle le Tchad n’appartient pas, conservant l’autorité sur son commandement.
D’autres éléments africains, à commencer par ceux du Niger, sont progressivement intégrés dans l’offensive. D’autres devraient suivre, afin de montrer l’étendue de « l’africanisation » du dispositif, mené essentiellement, à l’avant, par des forces françaises, qui ont fait monter de Bamako, vendredi, de gros renforts dans la direction de Gao, et des éléments maliens.
Gao est aussi un haut lieu symbolique de la vie sous contrôle des rebelles du Mujao et de leurs alliés, inspirés par Al-Qaida au Maghreb islamique (AQMI). Ce mouvement avait été conçu comme un creuset commode : offrant une image de branche d’AQMI « pour les Noirs » dans une région où ces distinctions comptent tant, et où les chefs d’AQMI, souvent d’origine algérienne, ou les responsables touareg, peinaient parfois à étendre leur implantation locale en vue de multiplier les recrutements, tout en s’efforçant de montrer qu’ils accueillaient volontiers l’Afrique subsaharienne. Mais le Mujao a aussi été renforcé par des responsables de réseaux de trafics divers. La drogue, pour commencer. Mais aussi les otages.
Sous le contrôle du Mujao, la police islamique s’est distinguée à Gao par la dureté des châtiments infligés à la population : lapidations, amputations, séances de fouet publiques.   Mais samedi, en cours de journée, c’est un Mujao très affaibli qui perdait le contrôle de la ville. « Il y a encore de la résistance dans le quartier de l’hôpital, mais cela ne devrait pas durer très longtemps », témoigne en milieu d’après-midi une source humanitaire, tout en disant redouter, comme tous les observateurs, que la phase militaire actuelle ne soit qu’un prélude à des actions de guérillas lorsque certains des combattants éparpillés, en tout cas les plus déterminés, parviendront à se regrouper et se réorganiser.
C’est dans l’hôpital même de la ville que le Mujao avait installé son quartier général, une curieuse situation pour les organisations internationales qui y opéraient discrètement, mais une façon de se protéger des frappes aériennes. Certains éléments du Mujao avaient pris part à la coalition des mouvements pro-AQMI qui avaient tenté de percer vers Sévaré, et le sud du pays, début janvier. Après avoir été stoppés dans leur élan à Konna, le 11 janvier, par l’intervention militaire française, les combattants islamistes ont rebroussé chemin, perdant hommes et véhicules. A présent, une partie de leurs recrues, souvent attirées par les rémunérations (on proposait sur le port de Mopti des salaires mensuels de 100 à 150 000 CFA pour les volontaires, soit entre 150 et 200 euros), a déserté, selon des sources concordantes, fuyant notamment les frappes françaises. Le nombre de combattants des fractions les plus dures qui souhaitent continuer le combat est inconnu.
La même situation est-elle sur le point de se produire à Tombouctou ? Dans la seconde grande ville du Nord, où se montraient à la fois des combattants et responsables d’Ansar Eddine, mais aussi d’AQMI (notamment Abou Zeid, très présent à une époque encore récente), les groupes rebelles ont pratiquement disparu, selon un habitant joint sur un téléphone satellitaire dans les environs. Certains combattants d’Ansar Eddine, le groupe de rebelles qui a été le principal vecteur de l’offensive vers le sud de début janvier, seraient en train de se déplacer vers les zones accidentées de l’Adrar des Ifoghas, dans l’extrême Nord du pays, où s’est opérée une scission du mouvement. Une branche, dirigée par Alghabass ag Intallah, a créé le Mouvement islamique de l’Azawad (MIA), et annoncé son souhait d’entrer dans des négociations depuis Kidal.
Nul doute que l’exemple de Gao risque d’inspirer une partie des combattants des différents groupes armés. Les jours derniers, des frappes ont visé des objectifs du Mujao dans la région de Gao, et celle d’Ansongo, plus au Sud. Détectant les pick-ups en mouvements malgré leur camouflage de branchages, notamment grâce à la chaleur des moteurs, les tirs ont ouvert la voie de la ville sur plusieurs axes à la fois, tandis que des forces spéciales françaises avançaient jusqu’à la ville dès vendredi, et peut-être plus tôt.
Samedi, des troupes françaises, atteignaient Gao par la route de l’ouest, celle menant aux villes prises les unes après les autres au départ de Sévaré au cours des derniers jours : Douentza, Boni, puis Hombori (où deux Français avaient été enlevés en septembre 2010), Gossi où des éléments avancés étaient annoncés depuis quelques jours. Et enfin Gao. L’ensemble de la presse internationale est cantonnée à 600 kilomètres de là, dans la ville de Sévaré et ses abords.
Sur un second axe, au sud, les troupes tchadiennes, et peut-être nigériennes, ont avancé depuis le Niger voisin et atteignent elles aussi Gao samedi. Dans tous les petits villages et villes et des environs, les forces des rébellions islamistes semblent vider les lieux et prendre la fuite en évitant les agglomérations.
Y.C (avec le monde)

Source: L'Indicateur du Renouveau





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