Intervention française au Mali: c'est encore loin, Tombouctou?
Source : Telediaspora.net : Dernière Mise à jour : 28/01/2013
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(L'Express) L'alliance franco-malienne s'apprête à entrer dans Tombouctou. Notre envoyé spécial aussi, même si la montée vers "la Cité des 333 Saints" n'a rien d'une promenade de santé. Récit.

Cette fois, ça passera. Hier samedi, impossible d'emprunter la route qui, depuis Diabaly, file plein nord vers Léré, voire -Inch'Allah- jusqu'à Tombouctou. Le colonel Seydou Sogoba, commandant de la place, avait reçu des instructions, au demeurant contradictoires. En l'espace de cinq minutes, ce fut non, puis oui, puis pas question. Ce dimanche, nouvelles consignes: libre aux journalistes étrangers de tenter leur chance. A condition de rester sourd à la rumeur qui prédit assauts et embuscades de djihadistes planqués. Et de montrer patte blanche; en clair, de dégainer l'accréditation délivrée à Bamako par le ministère de la Communication. Au-delà des 25 premiers kilomètres, et des deux modestes check-points de l'armée malienne, plus rien. Sinon le cadavre d'un âne, quelques carrioles et leur chargement de bois abandonnés en rase campagne, ou la carcasse d'un pick-up plié en deux.

Quelques troupeaux sans berger; et, plus rarement, un berger sans troupeau: nos deux 4X4 foncent donc sous un ciel bas et gris dans ce no man's land de brousse et de savane, sur un ruban de poussière ocre, puis sur un goudron qui a connu des jours meilleurs. A partir de Nampala, bourg sans âme qui vive à mi-parcours, changement de surface: la piste se fait sinueuse, sableuse puis boueuse. Car la pluie s'en mêle. Une pluie drue, pas vraiment de saison, qui transforme bientôt le sol en patinoire. Tidjani, notre chauffeur, y met du sien, enchaînant deux tête-à-queue ponctués d'un double salto-arrière. Le second sera d'ailleurs fatal à un épineux qui avait pourtant eu le mérite de freiner notre figure libre.

Cité-fantôme

A 30 kilomètres de Léré, nouveau pépin. Plus sérieux celui-là: une bielle coulée au milieu de nulle part. Si la Toyota de nos confrères de l'AFP entreprend de nous tracter, il faut très vite renoncer à cet attelage aléatoire. Bref, nous laissons notre voiture en rade, à hauteur d'un village tamasheq désert, avant de nous entasser dans le véhicule de tête. Vers 16H30, notre équipée entre dans Léré, que les militaires français ont quitté la veille. Une cité-fantôme, qui semble sortir peu à peu d'une longue nuit.

D'autant que les trois-quarts de ses habitants ont fui dès le 26 janvier 2012, date de sa conquête par les rebelles touareg du MNLA, qu'évinceront bientôt les islamistes d'Ansar-Eddine. Lesquels ont bien sûr imposé au dernier carré des autochtones une version rigoriste de la charia. Rigoriste, mais moins barbare qu'à Gao ou Tombouctou. "La barbe et le pantalon court pour les hommes, le voile pour les femmes et les fillettes, des coups de fouet, mais pas d'amputations, précise Kalifa Cissé, mécanicien au chômage. La radio tolérée, mais pas de musique." Au prosélytisme pesant des zélotes du djihad, les locaux opposeront un certain art de la résistance passive. L'imam du cru persiste à prêcher à la mosquée, invitant mezza voce ses fidèles à esquiver les diktats de l'occupant. C'est d'ailleurs en vain que celui-ci ordonne que le marché hebdomadaire n'ait plus lieu le vendredi, jour sacré entre tous.

Signe que la vie reprend ses droits: ce dimanche soir, Kalifa écoute -religieusement- sur RFI Ondes courtes la retransmission des matches du jour de la Coupe d'Afrique des Nations. Et le Mali? "Dernière rencontre demain, contre le Congo-Kinshasa. Décisive pour l'accession aux quarts. Ce sera à qui perd perd."

Demain, au lever du jour, nous reprendrons notre méharée mécanisée là où nous l'avons laissée. Cap sur Tombouctou, dont la reconquête paraît imminente. D'ici là, il faut dénicher un véhicule capable de rapatrier le 4X4 naufragé. Ousmane, notre logeur, en a trouvé un. Au prix fort: son propriétaire exige pour l'opération 200000 francs CFA, soit plus de 300 euros. Une fortune. Au terme d'âpres négociations, le racketteur transigera à 100000. Message à destination du service Comptabilité de L'Express: pour la facture, c'est pas gagné.


Par Vincent Hugeux





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