Enlèvement d'un Français au Mali: le Mujao s'offre une précieuse monnaie d'échange
Source : Autres presses : Dernière Mise à jour : 23/11/2012
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On le savait, six ressortissants français croupissaient déjà quelque part dans les sables du désert, détenus par Aqmi. Depuis peu, il s'y ajoute un septième, Gilberto Rodriguez, qui vient d'être enlevé par des membres du MUJAO, lesquels revendiquent haut et fort le fait d'armes en des termes de jubilation quasi religieuse : "Les Djihadistes, avec la bénédiction de Dieu, ont dans leurs mains un Français venant d'un pays qui veut dresser les armes contre les musulmans", a expliqué un porte-parole des ravisseurs.

La raison apparente de ce rapt, à en croire le Mujao, est la position prise par la France, qui cautionne l'intervention armée dans le Nord-Mali et s'engage même à apporter son soutien aux troupes militaires qui y seraient engagées ; c'est en tout cas le communiqué officiel des ravisseurs qui le dit.

Il se peut que la véritable raison ne soit pas exprimée et qu'il faille chercher à la deviner: à supposer que le Mujao ait été dans le besoin de disposer d'un moyen de pression, d'une bonne prise qui lui donne l'occasion de renflouer ses caisses en espèces sonnantes et trébuchantes, comme par hasard il tient, en cet otage français, un poisson qu'il monnaiera chèrement, en temps voulu; et il est fort à parier qu'il saura le faire au prix fort.

Il devait tenir d'ailleurs à l'avoir, sa monnaie d'échange, ce Mujao, car les risques encourus pour capturer le pauvre Rodriguez ont dû être énormes: les ravisseurs ont quitté leurs bases sécurisées du Nord-Mali pour se risquer en zone "libre", dans la région de Kayes qu'ils n'ont pas sous leur contrôle, et où ils auraient pu se faire surprendre; pour oser prendre de pareils risques, il fallait que le jeu en vaille la chandelle ; à présent, ils peuvent jubiler, puisque la chasse a été fructueuse; plus, il se peut qu'elle rapporte gros.

Le président français, d'ailleurs, ne l'ignore pas, lui qui, en conférence de presse, en même temps qu'il reconnaissait le rapt, avait du mal à cacher son agacement face à l'entêtement de certains de ses compatriotes, qui continuent de s'aventurer dans ces zones sahéliennes, un peu comme pour s'essayer à un brin de folie pour voir.

Et voilà qu'une France qui peinait déjà à se faire remettre six otages doit à présent redoubler d'ingéniosité pour en libérer sept. Une véritable quadrature du cercle ; si l'on garde en mémoire qu'Aqmi, en octobre 2011, avait prédit que toute tentative de libérer les ressortissants français conduirait à la mort certaine de ces derniers, on se rend compte à quel point cette énième affaire d'otages embarrassera au plus haut point le chef de l'Exécutif français.

Si Gilberto Rodriguez avait voulu en ajouter aux soucis quotidiens de François Hollande, il ne s'y serait pas pris autrement ; car, enfin, on peut tout de même se demander quelle mouche l'a piqué pour qu'il aille faire du tourisme dans cette zone dangereuse, en dépit des multiples mises en garde lancées par la France à ses ressortissants.

En tout état de cause, c'est le Mujao qui pavoise et peut déjà s'en frotter les mains dans l'attente d'une remise prochaine de rançon, dont les barbus exigeront sans doute qu'elle soit constituée de liasses de gros billets d'euros. Dans l'éventualité où on leur ferait la guerre, le butin pourrait toujours servir à l'achat d'armes ; et si d'aventure on renonçait à l'affrontement armée, ces gros sous pourraient toujours servir à faire la belle vie dans de quelques tentes du désert malien. C'est bien connu, le malheur des uns fait le bonheur des autres : dans cette affaire du rapt de Rodriguez, c'est le Mujao qui pavoise tandis qu'Hollande se fait des cheveux blancs.

 

Jean Claude Kongo

 

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